La santé mentale au sein des Forces armées canadiennes : Dépendance

Vidéo / Le 5 octobre 2016

Transcription

Voix de femme : Je n’ai jamais eu de difficulté au travail; personne au travail n’a su que j’étais aux prises avec des problèmes de quelque nature que ce soit.

Voix d’homme : J’avais des problèmes de dépendance, je suis un alcoolique en rémission.

Voix d’homme : Je n’avais jamais beaucoup parié auparavant, mais j’ai gagné. Puis je me suis rendu compte que lorsque je jouais, je n’étais pas stressé; c’est donc à ce momentlà que je me suis mis à parier.

Voix d’homme : Je suis un toxicomane en rémission, et je souffre de troubles mentaux, et je suis en voie de guérison.

Voix de femme : En fait c’est difficile pour une personne qui vit avec un problème de dépendance de réaliser soi-même qu’on a un problème.

Voix de femme : Il y avait beaucoup de signes annonciateurs. Au travail, les superviseurs voyaient des militaires arriver en retard, et ils arrivaient peut-être même avec une haleine qui sentait l’alcool; il y avait beaucoup d’absentéisme, et peutêtre beaucoup de visites à l’UPSS le lundi matin. Nous nous rendons compte que le rendement au travail se détériore; les membres se font discrets, ils ne veulent pas que les autres soient au courant de la quantité d’alcool qu’ils consomment; ils boivent en cachette. Nous voyons qu’il y a des problèmes relationnels; cela se reflète sur les familles et sur les collègues.

Voix de femme : Généralement, les personnes qui sont autour vont réaliser, bien avant la personne qui vit un problème de dépendance, qu’il y a un problème. Alors, dans un premier temps, une personne qui fait l’expérience d’un problème de dépendance va se rendre compte par les différents commentaires qu’elle va recevoir d’une personne et d’une autre. Le problème qu’on va rencontrer, en fait que les personnes qui en font l’expérience rencontrent souvent, c’est que les gens ne parlent pas assez. Les gens ne vont pas intervenir assez.

Voix d’homme : L’alcool faisait partie des interactions sociales régulières. Nous nous attendions à nous rendre dans des ports et à participer à des activités sociales où il y avait de l’alcool… pour s’intégrer également.

Voix d’homme : Je veux dire, dans la marine, il y avait de l’alcool lors de toutes nos activités.

Voix de femme : Alors parfois, lorsque j’allais travailler et que je sentais l’alcool, mes collègues me disaient : « As-tu bu avant de venir au travail? », et je répondais : « Quelle idée! Bien sûr que non ».

Voix d’homme : Je sais que lorsque je devais vivre cela, c’était comme si, j’allais perdre mon emploi. Et je me disais que je devais faire quelque chose.

Voix de femme : Quand on part d’un problème de dépendance, ça ne repose pas seulement sur les épaules de la personne qui vit ce problème-là. La santé, en fait une bonne ou une mauvaise santé, un problème de dépendance va dépendre d’un ensemble de facteurs. Ces facteurs-là vont bien au-delà de la personne elle-même.

Voix d’homme : En matière de prévention, il s’agit de plus qu’une simple éducation, il doit y avoir un changement culturel.

Voix de femme : Je pense qu’aujourd’hui, en 2016, les gens ne perçoivent pas les dépendances comme des troubles de santé mentale. Je crois que beaucoup de personnes voient toujours les dépendances comme quelqu’un qui ne supporte pas l’alcool, qui ne devrait pas agir comme ça, qui boit trop, qui ne sait pas boire de manière responsable.

Voix d’homme : Et parfois, au sein des Forces, les dures réponses, comme « Fais ce qu’on te dit! Endure! » ne sont pas les bonnes.

Voix d’homme : Lorsque j’ai cherché de l’aide, le capitaine de mon navire à ce moment était très empathique, il m’offrait beaucoup de soutien et était de mon côté. La première chose qu’il m’a dit était : « Qu’est-ce qu’on peut faire pour t’aider à guérir? » Cette sorte d’approche a été essentielle. Lorsque quelqu’un demande de l’aide, le rôle critique du dirigeant est d’être empathique et bienveillant.

Voix d’homme : En fin de compte, aucune politique, aucun niveau de scolarité ne vont briser les normes culturelles. C’est donc là où commence le vrai fondement de la prévention, comme pour modifier les normes culturelles si vous voulez.

Voix de femme : Les gens pensent…je crois que pour eux, un alcoolique, c’est une personne décrépite qui vit dans une boîte sous un pont. Ils ne s’imaginent pas qu’il y a autant de professionnels qui ont des problèmes de dépendance, et qu’il existe des problèmes de santé mentale. Les problèmes viennent t d’autre part. Et l’alcool n’est pas mon problème. Le fait que je buvais trop auparavant, ce n’était pas mon problème, c’est ce que faisais pour surmonter mon problème. Et je pense encore que, sur le plan culturel, les gens nous pointent du doigt en disant : « tu ne supportes pas l’alcool, tu ne supportes pas l’alcool ».

Voix d’homme : Si nous considérons les pratiques qui sont actuellement acceptables au sein de notre culture; fumer est un bon exemple. C’était, et ça l’est encore, une pratique acceptée, mais ça l’est de moins en moins. Alors sur le plan culturel, nous voyons de moins en moins de Canadiens qui fument, et nous constatons la même réduction au sein des Forces armées canadiennes.

Voix de femme : Est-ce que la santé c’est une responsabilité partagée? Et en considérant que la toxicomanie c’est un problème multifactoriel qui parle des politiques vers les services de santé, l’éducation, la famille, l’hérédité. ça ne peut pas relever seulement de la personne qui vit le problème de dépendance.

Voix d’homme : Je savais que j’avais un problème à ce momentlà, mais je ne comprenais pas ce qu’ils tentaient de faire. Je ne comprenais pas le programme en soi.

Voix d’homme : En prenant soin de la santé générale des gens, ils vont devenir de meilleures personnes, ce qui fera d’eux un meilleur soldat, un meilleur technicien, une meilleure personne en général.

Voix d’homme : Il semble que de plus en plus de gens entreprennent des démarches, ils savent qu’ils peuvent obtenir de l’aide, et selon moi, chercher de l’aide est de moins en moins tabou.

Voix d’homme : Absolument, il y a ce changement qui se produit. Et les chefs, tous les chefs, et je parle des chefs subalternes, du genre des matelots de 1re classe, des caporaux en montant, reçoivent une formation, reçoivent une rétroaction, savent « reconnaître ce qui est bien », comme le dit l’amiral Norman, en ce qui a trait à la dépendance, à la maladie mentale et au soutien de nos membres et de leur rétablissement. Et le message est, lorsqu’ils demandent de l’aide, nous voulons une aide empathique. Le fait que d’autres personnes partagent leur histoire permet de réduire la stigmatisation, mais aussi, le fait que les gens demandent de l’aide; le coup de main exempt de jugement qui les guidera sur la voie du rétablissement.

Voix d’homme : Donc, les dépendances appartiennent à la catégorie des maladies mentales. Et nous voulons certainement nous assurer, particulièrement pour ceux qui doivent composer avec un diagnostic plus complexe comme le trouble de stress post-traumatique, pour lequel il n’y a pas un seul traitement qui convient à tous; il y a toujours un risque que certaines personnes ne réagissent pas bien à un type de traitement, deviennent frustrées par rapport à l’approche adoptée et se tournent vers l’alcool ou les drogues pour tenter de faire disparaître les symptômes. La réalité, c’est que ça ne fait que compliquer le problème. Alors nous devons vraiment être en mesure de reconnaître ceux qui souffrent de problèmes de santé mentale, autres que les dépendances, afin de nous assurer que ces dépendances ne deviennent pas un autre problème qui s’additionne à ceux qui sont déjà présents.

Voix d’homme : Je me souviens que mon commandant de l’époque m’a regardé et m’a dit : « Jeff, tu es malade ». C’est comme n’importe quelle autre maladie, tu es malade et tu as besoin de quelqu’un pour t’aider à aller mieux.

Voix de femme : Alors, il y a deux moyens d’obtenir de l’aide. Il est possible de consulter un médecin ou un infirmier praticien, ou encore de s’adresser aux services psychosociaux pour demander à rencontrer un conseiller en toxicomanie, un infirmier ou un travailleur social.

Voix de femme : Pour ma part, quand je suis allée en traitement pour la deuxième fois…quand j’étais en traitement, je l’ai envisagé sous un angle différent, je me suis dit que l’armée dépensait beaucoup d’argent…comme des dizaines de milliers de dollars pour que je me sente mieux. Et, même si je désirais aller mieux pour moi-même, parce que c’est ce que je devais faire, j’avais l’impression d’avoir une responsabilité envers eux parce qu’ils allaient…à la minute où j’ai demandé de l’aide, ils m’ont offert l’aide dont j’avais besoin et ils ont dépensé beaucoup d’argent pour le faire. J’ai senti que j’avais la responsabilité de tout donner pour réussir.

Voix de femme : Avant de pouvoir proposer un traitement, il faut trouver quel est le problème, alors il y a toujours une évaluation approfondie au début pour déterminer la gravité du problème. Après, selon la gravité du problème et les symptômes observés, on recommande le traitement approprié,

Voix d’homme : J’ai été très chanceux. Du côté médical comme de celui de l’équipe spécialisée en dépendances et de ma chaîne de commandement, tous ont été très ouverts à ce que j’aille chercher de l’aide. Ils savaient que ça allait m’aider à me sentir mieux.

Voix d’homme : Depuis mon arrivée à Shearwater en 2006, j’ai observé un changement de culture.

Voix de femme : Beaucoup de nos clients ont dû surmonter la peur qui leur faisait obstacle, la peur de ce qui leur arriverait s’ils avouaient avoir un problème. Ils ont surmonté cette peur, ils sont venus, ils ont travaillé fort, ils se sont engagés à se rétablir. Et, au bout du compte, ils sont beaucoup plus heureux dans leur vie personnelle, ils réussissent mieux dans leur carrière, ils obtiennent des promotions et sont beaucoup plus heureux en général. C’est vrai pour la majorité de nos clients.

Voix d’homme : Ils m’ont dit que le programme allait m’aider; je les ai écoutés et je leur ai fait confiance. Cette nouvelle attitude a tout changé.

Voix d’homme : C’est la raison pour laquelle je viens ici et je fais tout cela, le bénévolat et tout le reste : pour aider une personne. Si cette personne en aide une autre à son tour, quelqu’un ou quelque chose en bénéficiera, que ce soit l’organisation dans son ensemble, une personne ou même moi. Ainsi, je redonne ce qu’on m’a donné et je propose une solution qui fonctionne en espérant que ça serve à quelqu’un d’autre.

Voix de femme : Ça peut être frustrant; ça peut être triste de voir des gens lutter si fort contre leurs problèmes. Parfois, ils essayent de s’en sortir tout seuls, sans aide, et c’est ce que je trouve triste et frustrant. Mais c’est aussi très gratifiant de voir les bienfaits du rétablissement chez les personnes qui s’engagent à aller jusqu’au bout.

Voix d’homme : L’équipe de prévention des dépendances et le programme en place sont fantastiques. Les gens ont leur travail à cœur, et ils s’efforcent d’aider chaque personne qui se présente ici.

Voix d’homme : Je pense que ça aurait été plus difficile dans le monde civil; je crois que si j’avais été un employé civil, je n’aurais pas eu la possibilité de suivre un traitement payé de cinquante-six jours comme celui-ci. Je ne pense pas non plus que j’aurais eu toutes les chances et les possibilités que les forces m’ont offertes. Tout cela a eu un prix : j’ai été accusé plusieurs fois, j’ai payé bien des amendes, mais vu la nature des forces armées, leur fonctionnement et leur système de pénalisation et d’administration, j’ai eu la possibilité de me rétablir et tout le système était en place pour m’aider.

Voix de femme : Les forces armées m’ont donné tout ce dont j’avais besoin et m’ont dirigée vers une foule de ressources; je n’avais qu’à être disposée à les utiliser.

Voix d’homme : Bien entendu, nous continuons d’aller de l’avant avec le programme de traitement des dépendances pour lutter contre la gamme complète de dépendances, dans le but de sensibiliser les gens et encore une fois de changer les normes culturelles au sein des FAC.

Voix d’homme : Je dirais que la Marine royale canadienne a investi un peu plus de soixante-dix jours dans mon rétablissement à la suite de problèmes de dépendance et de santé mentale, lorsque je suis allé dans une clinique de réadaptation sur la côte ouest, à Nanaimo. En échange de ces quelque soixante-quinze jours, je leur ai donné environ 3 250 jours de service en pleine santé jusqu’à maintenant. Mon rétablissement a commencé alors que j’étais lieutenant. Je pensais que c’en était fini de ma carrière lorsque j’ai demandé de l’aide, mais ce n’est pas le cas, de toute évidence. C’est encore une fois à cause de la stigmatisation, des jugements et du dénigrement; il faut changer la culture et reconnaître que les gens peuvent être malades, mais se rétablir et devenir à nouveau des membres utiles des Forces armées canadiennes et du Ministère.

Voix de femme : Je crois que les forces armées sont en mesure d’aider les gens, mais ces personnes doivent souhaiter recevoir cette aide et s’en servir.

Date de modification :