Travailler au sommet du monde

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Article / Le 29 juin 2015 / Numéro de projet : cjoc-fs-2015.06.29

Rédigé par Lucy Ellis

Travailler dans le Nord austère canadien requiert plus que des compétences techniques. Il ne s’agit pas seulement de savoir comment faire fonctionner un hélicoptère ou réparer un panneau solaire; en effet, les membres des Forces armées canadiennes (FAC) doivent savoir comment effectuer ces tâches dans un environnement difficile et en évolution constante, loin de toute aide extérieure.

Chaque été, des membres des FAC sont déployés à la Station des Forces canadiennes (SFC) Alert et à Fort Eureka, dans la région la plus au Nord et sur la côte Ouest de l’île d’Ellesmere pour effectuer des travaux de maintenance essentiels sur le Système de transmission de données dans l’Extrême-Arctique (HADCS). Il s’agit de l’opération NEVUS.

L’île d’Ellesmere est l’une des masses territoriales se trouvant dans la région la plus septentrionale du Canada; ainsi, la SFC Alert est tellement au Nord qu’elle ne peut être liée aux satellites en orbite entre les tropiques. Le HADCS fait ce que les satellites réguliers ne peuvent accomplir : envoyer de l’information à 500 kilomètres jusqu’à Fort Eureka par l’entremise de six répéteurs hertziens. De là, Eureka se trouve à la latitude requise pour communiquer avec des satellites permettant d’envoyer l’information jusqu’à Ottawa.

« Nous vérifions que les répéteurs fonctionnent bien et qu’ils transmettent sur des fréquences appropriées », explique le caporal‑chef (Cplc) Marty Stride, un technicien du HADCS provenant de la SFC Leitrim. Ils sont chargés par des panneaux solaires pendant tout l’été et, lorsque le soleil tombe, ils sont alimentés par des piles durant l’hiver, car il fait noir en tout temps pendant cinq mois de l’année ici. »

Les techniciens se rendent jusqu’au site par hélicoptère avec un équipage de ligne au sol qui vérifie les câbles et veille à ce que tout soit solidement fixé. En raison des vitesses de vents incroyables et des températures changeantes, un petit problème peut facilement devenir important s’il n’est pas réglé. 

« Nous les amenons par hélicoptère au haut de la montagne et, selon la quantité de carburant disponible, nous devons soit éteindre l’appareil là‑haut et attendre qu’ils aient fini de travailler, ou alors revenir à la Station Alert, alimenter l’appareil en carburant et y retourner », explique le capitaine (Capt) Scott Stewart, un pilote de CH146 Griffon du 408e Escadron tactique d’hélicoptères.

Chaque fois que l’équipe quitte la SFC Alert, il leur faut surveiller de près les conditions météorologiques. «Le ciel peut être bleu et dégagé un instant et dix ou quinze minutes plus tard, la visibilité peut tomber à zéro », explique le Capt Stewart.

Une des composantes importantes du vol dans l’Arctique consiste à utiliser le bon équipement. Les pilotes se fient au GPS pour s’orienter et pour que leur emplacement puisse être suivi à parti de la base d’appartenance. Cet environnement impitoyable signifie qu’il faut constamment surveiller la température, le matériel de navigation et surtout, la quantité de carburant.

L’hélicoptère Griffon est doté d’un réservoir externe qui lui fournit environ trois heures et demie de temps de vol, selon les conditions éoliennes. Les membres du personnel navigant prennent en ligne de compte la distance du site du HADCS et veillent à avoir du carburant de réserve au cas où la trajectoire de retour vers la SFC Alert serait difficile. Parfois, ils doivent faire un arrêt en cours de route. 

« Eureka est à environ 500 kilomètres; il faut donc arrêter à mi‑chemin pour se procurer du carburant. Il n’y a pas de base aérienne en cours de route, seulement une cache à carburant, soit quelques barils de carburant, affirme le Capt Stewart. Donc, vous atterrissez et remplissez l’hélicoptère de carburant, pour ensuite reprendre la route. Lorsque vous arrivez à la mi‑parcours, vous ne pouvez revenir sur vos pas ou rebrousser chemin.

Travailler dans le Nord n’est pas facile. Il n’existe pas de service de téléphonie cellulaire et vous ne pouvez vous fier à l’exactitude des compas en raison de la proximité du pôle Nord magnétique. Cela étant dit, l’opération NEVUS donne aux membres des FAC l’occasion unique de voir une partie du Canada que la plupart des Canadiens n’auront jamais la chance de voir.

En raison des 24 heures de soleil, il est impossible de distinguer les nuits d’été dans le Haut‑Arctique des journées d’été, ce qui donne toutefois la chance d’observer de merveilleux paysages.

« Je passe beaucoup de temps dans l’Arctique et j’adore cela. C’est tellement beau », affirme le Cplc Stride, qui a déjà été déployé dans le cadre de l’Op NEVUS. De nombreux membres de l’équipe du HADCS participent aussi à des rotations de quatre mois à la SFC Alert et prennent part à des activités d’entretien à l’automne et au printemps. « Très peu de gens auront la chance de voir ces montagnes et la faune ici est tout simplement incroyable. Il s’agit d’un magnifique endroit où l’on peut voir des loup arctiques, des bœufs musqués, des lièvres arctiques et des renards. »

Pour le Capt David Rosser, officier responsable d’une équipe de géotechniciens menant des levés sur les sites du HADCS, le fait d’être déployé à  un endroit comme la SFC Alert est une expérience tout à fait différente de ce qu’il a vécu dans son pays d’origine, soit l’Angleterre. 

« Je fais partie de l’armée britannique et je suis en période d’échange avec l’Armée canadienne; il s’agit de la première fois que je me rends si haut dans le Nord », explique-t-il.

Le Capt Rosser remarque que ce qui distingue le plus le travail au Nunavut comparativement à d’autres endroits est la température, mais son expérience au sein de la SFC Alert s’est avérée positive. « C’est un merveilleux endroit et tout le monde est très sympathique, affirme-t-il. L’opération est très bien rodée et est gérée avec rigueur. »

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